"People should not be afraid of their governments, governments should be afraid of their people" (V pour Vendetta)



Travailler plus pour gagner plus

vendredi 22 juin 2007, par Jead Wellor

Formule incantatoire de la campagne présidentielle, formule incantatoire du nouveau gouvernement, quells peuvent être les conséquences du fameux "travailler plus pour gagner plus" ?


Notre président l’a dit, et redit, dans le monde d’aujourd’hui, le partage du temps de travail est une folie : la seule et unique solution, mise en place dans le monde entier c’est travailler plus pour gagner plus, c’est détaxer les heures supplémentaires.

Il est donc légitime pour nous, pauvres mortels, de nous demander quelles peuvent être les conséquences de ces détaxation, à la fois sur des plans humain et économiques.

- Qui payera ces détaxations ?

Le gouvernement a donc pour projet de défiscaliser les heures supplémentaires et donc d’encourager les entreprises à y avoir recours. Dans la mesure où ces heures seront totalement détaxées, cela va nécessairement créer un manque à gagner pour l’Etat français.

Comment le répercuter ? Sarkozy nous explique que ces heures supplémentaires payées +25% (du moins les quatre premières) vont augmenter le budget des familles qui travaillent plus, et que ces dernières ne vont pas épargner (si c’est Sarko qui le dit…) et vont donc consommer plus. Et cette consommation entraînera des recettes de TVA qui compenseront ces heures défiscalisées.

Dans le cas où cela marcherait, on pourrait donc dire qu’on serait passé d’un impôt sur les salaires, des cotisations sociales vers l’impôt le plus injuste : la TVA, puisqu’il est payé de la même façon quelque soit votre salaire. La logique est donc de moins attaquer les entreprises au porte-monnaie et de répercuter ça sur… ceux qui "travaillent plus".

Ca c’était le cas ou tout vas bien : la reprise de la consommation rééquilibre la défiscalisation, mais dans le cas contraire, que ce passerait-il ? L’Etat aurait une baisse des recettes d’un côté et pas de reprise de la croissance assez significative pour compenser. Il serait donc obliger pour ne pas voir se creuser la dette soit de dispenser moins de services, soit d’élever un autre impôt en compensation. Arrive alors ce qui devait arriver : les travailleurs travaillent plus, gagnent plus par leur salaire mais reçoivent moins (ou doivent donner plus) de l’Etat. Cela revient donc à travailler plus pour gagner autant. Si par contre vous êtes un travailleur qui a refusé de travailler plus : vous travaillez autant pour gagner moins.

Dans l’affaire : les entreprises les salariés ne gagnent pas plus, l’Etat gagne moins, bref le seul avantage est pour les entreprises qui payeraient moins de charges sociales.

Autre possibilité : étant donné que l’état ne contrôle pas directement les augmentations de prix, beaucoup d’entreprises pourraient avoir la tentation de répercuter l’augmentation du prix des heures supplémentaires sur le prix de leurs marchandises. Et de nouveau ce sont les mêmes qui casquent.

- Un projet encore très flou

Le projet travailler plus pour gagner plus est certes assez clair pour ce qui est des salariés d’entreprise : des heures supp’ payées +25% (du moins les quatre premières) et totalement défiscalisées. Par contre le projet est très flou pour les cadres pour qui le concept d’heure supplémentaire ne s’applique pas vraiment. Quid également des mi-temps, des temps partiels, etc… ? Un vrai casse-tête qui plonge l’idée du travailler plus pour gagner plus dans un flou total.

Encore plus flou : le nombre d’heures légal : est-on toujours aux 35h assouplies, aux 39h, ou certains ne réfléchiraient-pas au contraire à un abaissement du temps de travail ? En effet, comme nous l’avons vu : la possibilité d’avoir des heures supplémentaires non taxées est très avantageux pour les entreprises et selon le gouvernement serait bénéfique pour l’économie. On peut donc se demander ce qui retiendra les amateurs du travailler plus pour gagner plus d’abaisser la durée légale du travail pour permettre ainsi aux entreprises d’utiliser encore plus les heures supplémentaires.

En effet, comme nous l’avons vu : la méthode de défiscalisation des heures supp’ entraînerait les salariés devant un choix : travailler plus pour gagner autant ou travailler autant pour gagner moins. Le choix est rapide. Il n’y aurait donc plus grand risque à abaisser la durée légale du travail…

- Quelles sont les conséquences humaines ?

Dans la mesure où l’on "propose" aux français de travailler plus, il est légitime de se demander quelles peuvent être leurs réactions physiques et psychologiques.

Les évenement récent dans l’industrie automobile sont à ce titre édifiant : trois suicides en quatre moins chez Renault due au travail, voici ce qu’en dit la CGT

"les trois victimes avaient en commun de travailler, dans "la Ruche", bâtiment principal ultra moderne du Technocentre, sur les projets de conception de nouveaux modèles Renault. D’où des conditions de travail entraînant un certain mal vivre dans l’entreprise. Ces suicides doivent être considérés au même titre que des accidents du travail, les trois victimes ayant fait l’objet de critiques pour leur travail, devant des collègues. Les deux premiers employés se sont donnés la mort dans l’entreprise, l’un en se jetant du 5ème étage, le second s’est noyé dans un étang proche du bâtiment (La Ruche). Ce salarié avait quitté son poste de travail en laissant ostensiblement sur son écran d’ordinateur le résumé de son entretien avec la hiérarchie. Le "harcèlement" de la hiérarchie serait la goutte d’eau qui a fait basculer les trois victimes, d’autant qu’une nouvelle méthode a cours dans l’entreprise qui consiste à faire des observations au salarié en présence de ses collègues".

Et Renault n’est pas seul… On observe de plus en plus de suicide liés a stress généré par le travail, à la fois à cause de la concurrence qui règne parfois pour éviter le licenciement, à cause aussi du surmenage. Est-ce un hasard si le Japon, temple, et exemple mondialement reconnu du capitalisme, a connu l’an dernier une hausse de 7.5% du nombre suicides liés au travail ? Non, clairement non. C’est bien ce que nous risquons en faisant travailler trop les salariés : les voir devenir de plus en plus stressés (serait-ce étonnant dans le pays qui consomme le plus d’anti-dépresseurs ?) trop souvent de les obliger à utiliser le derniers recours pour s’y soustraire : la mort.

- Travailler plus : la recette pour une meilleure productivité ?

Rappelons tout d’abord qu’un des arguments que donne notre président pour soutenir son projet "travailler plus pour gagner plus" est qu’il va permettre de relancer la consommation, la croissance, et va rendre la France plus productive. Mais la France n’est-elle pas déjà productive ?

On compare souvent à d’autres pays, les États-Unis, par exemple. Alors quelle est notre différence avec ces autres modèles ? Oui les français travaillent en moyenne moins d’heures par semaine que les anglais, moins que les allemands, moins que les italiens, moins que les espagnols, bref moins que la moyenne de l’UE (je vous renvois au tableau de l’insee). Et pourtant la France est compétitive, pourquoi ? parce que les Français produisent plus par heure travaillée que n’importe quel autre pays européen, hormis l’Irlande, le Luxembourg et la Belgique (cf les chiffres d’Eurostat).

Il ne faut donc pas s’arrêter au nombre d’heures travaillées, mais bien remarquer que la France est très compétitive, et même très productive ! Le problème c’est que si le nombre d’heures travaillées est augmenté, il est clair que plus de travail entraîne un travail de moins bonne qualité, et donc finalement une moins bonne productivité horaire. C’est ce qui se passe en ce moment aux États-Unis, et c’est accentué par le fait que beaucoup de salariés de peur de perdre leur emploi ne prennent pas de vacances, sont plus fatigués, plus stressés…

Donc, même en réfléchissant d’un point de vue économique productiviste, il semble que la formule "travailler plus" est inintéressante pour notre pays, mais on ne peut se contenter de raisonner en terme productiviste ! En effet, le but est d’accroître la productivité, la production, et ce but soit atteint ou non, il est contestable. En effet, à quoi sert une augmentation de la production si cette dernière n’a pas de débouchée vers une plus grande consommation ? Et comme on l’a vu les modalités du "travailler plus pour gagner plus" ne sont pas réellement propice à une plus grande consommation (ne serait-ce que parce que quand on travaille on ne consomme pas). Augmenter la production sans débouchés sur la consommation, c’est courir droit vers une crise de surproduction.

- Et si on ne va pas "travailler plus pour gagner plus" qu’est-ce qu’on fait

D’abord contrairement à ce que certains essayent de nous faire avaler, le partage du temps de travail (les 35h) n’a pas fait baisser la production, la croissance française (même s’il faut reconnaître que les 35h ont été un fiasco dans certains secteurs, n’ont pas créée le nombre d’emploi escompté, n’ont été bien imaginées et mises en place).

Peut-être que pour gagner plus, il faut essayer de développer, de valoriser un type d’économie qui ne s’attache pas, ou plutôt qui s’attache moins, aux profits, ou tout du moins qui les répartis de façon équitable. C’est ce qu’amorce l’économie sociale

Bon j’espère en tout cas vous avoir tous convaincu de suivre la parole de notre bien aimé "président de TOUS les français" (et plus si affinité), et je compte sur vous pour éviter de prendre des vacances cet été ;-) !


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