La justice rapide n’existe pas, au mieux, elle sera expéditive



Loi sur l’autonomie des universités

vendredi 16 novembre 2007, par Jead Wellor

La loi sur l’autonomie des universités proposée par Mme Pécresse se présente concrètement comme un désengaement de l’Etat et l’ouverture à un système concurentiel des universités.


La loi Pécresse, ou loi sur l’autonomie des université à été votée (très courageusement) pendant l’été et donc la période de vacances des étudiants. A l’époque, elle n’avait donc pu rencontrer que peu d’opposition. L’Unef avait tout juste négocié le plafonnement des augmentations de droits d’entrée, mais qu’en est-il aujourd’hui ?

On peut faire le constat qu’aujourd’hui, la France est un des pays européen qui met le moins d’argent par étudiant (environ 6 500€ contre 13 000€ pour les élèves de grandes écoles). Il est de plus notoire que beaucoup d’universités ont des problèmes immobilier (bâtiments mal entretenus, etc…). A partir de là, il devient évident qu’il faut trouver l’argent manquant quelque part.

Cette loi, permet, encourage la participation financière de partenaires privés dans le fonctionnement des université. Autrement dit, le financement d’une partie des université par des acteurs du privé. Ceci ne peut représenter qu’un désengagement de l’État dans la mesure ou celui-ci ne prévoit aucune augmentation budgétaire (le milliard d’euro supplémentaire allant aux universités cette année est principalement destiné au remboursement des dettes).

On ne peut que regretter le fait que ce ne soit pas l’État qui finance totalement les université pour plusieurs raisons :

D’abord, la participation de financeurs privés ne peut être imaginée comme totalement désintéressée, ce qui pourrait à terme entraîner le déclin des filières dites "non rentables" (les sciences humaines, les lettres, …) qui ne sont pas productrices, qui ont donc peut de chance d’attirer des fonds privés et donc risquent de se trouver pénalisées.

A contrario, ces partenariat pourraient privilégier des études courtes à buts très spécifiques : "licence de chef de rayon Carrefour". Les conséquences seraient désastreuses en cas de faillite ou de délocalisation de ladite entreprise pour des étudiants qui auraient suivi une formation trop spécifique et n’auraient pas d’autre diplôme.

D’autre part, le fait de donner une forte autonomie aux universités pourrait à terme entraîner une augmentations des coûts d’inscription, comme on le voit aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis. La loi en question dit que les augmentation des coûts d’inscriptions se feront par arrêtés ministériels, mais ne prévoit plus de plafonnement.

Autre mesure choquante : les conseils d’administrations des universités seraient divisés par deux et le pouvoir des présidents d’université augmenté. Avec l’entrée au conseil d’administration de plus d’acteurs extérieurs (du privé) la proportion d’étudiants diminue. Enfin, ces acteurs du privé peuvent eux aussi être élus présidents de l’université.

On peut également s’interroger sur le principe de fond : l’idée d’un rapprochement du monde l’entreprise et donc des débouchés n’est pas insensée, mais l’idée de transformer la gestion de l’université en gestion d’entreprise devant attirer des capitaux privés risque d’entraîner une logique concurrentielle qui ne va en aucun cas dans le sens de l’égalité des chances républicaine.

On peut enfin regretter que le nombre d’étudiants boursiers n’augmente pas (ni le contenu de ces bourses), en effet 50% des étudiants financent eux-même leurs études et 20% s’arrête au cours de leurs études pour causes de pressions financières.

Mais est-il possible de s’étonner que le gouvernement ait une logique de restriction de l’accès à l’éducation lorsqu’il a une logique de moindre accès à la justice (réforme de la carte judiciaire), à la santé (franchises médicales), etc…

P.-S.

Manifestations mardi 20 Novembre dans toute la France, soyons au rendez-vous pour soutenir les étudiants contre la loi Pécresse.

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